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Rubrique · Pays

Le Luxembourg est plus petit que sa journée de travail

La ville et l'État portent le même nom. La loi a sa langue, le quotidien plusieurs, et le trajet finit souvent hors frontière.

Le Luxembourg est un État que l'on confond avec le nom de sa capitale, parce que les deux se disent de la même façon. La confusion instruit. La ville sur le rocher n'est pas tout le grand-duché, et le grand-duché n'est pas toute la journée de travail qui s'y déroule.

2 586 kilomètres carrés et 686 970 habitants se trouvent entre la Belgique, l'Allemagne et la France. La capitale, Luxembourg elle aussi, est posée sur un rocher entre l'Alzette et la Pétrusse. De là, la frontière de l'État est proche dans chaque direction. L'euro a cours. Le pays est membre fondateur des Communautés européennes, et la Cour de justice de l'Union européenne siège ici, avec la Banque européenne d'investissement. Un petit État s'est qualifié comme lieu où les grands voisins supportent une institution commune.

Luxembourg en un coup d'œil

Capitale

Luxembourg

Superficie

2 586 km²

Habitants

686 970

Langue(s) officielle(s)

Luxembourgeois, français, allemand

Monnaie

Euro

Continent

Europe

Particularité

Une journée de travail au-delà des frontières

Le rocher et le pays

La ville est une forteresse que l'on voit encore dans le plan. Le Bock, les gorges, les ponts : une capitale bâtie contre le siège, quand la vallée était entre de plus grandes puissances. Aujourd'hui la forteresse est ouverte, et la puissance qui siège ici est juridique et financière plus que militaire. Des services européens se tiennent au Kirchberg. Des banques se tiennent dans la vallée. Le rocher explique pourquoi une capitale a pu rester ici. Il n'explique pas de quoi l'État présent vit.

Le grand-duché autour de cette ville est agricole au nord, industriel au sud, sur l'ancienne minette, et urbain au centre. La distinction disparaît dès que l'on ne photographie que la skyline de la capitale. Elle reste politiquement importante, parce que l'État n'est pas seulement le Kirchberg. Des communes sur les frontières allemande, française et belge vivent à d'autres rythmes que la Banque européenne d'investissement. Un seul nom pour la ville et le pays rend cette différence invisible. La carte la rend à nouveau visible.

Une loi partage les langues

La loi linguistique de 1984 ne dit pas que le Luxembourg est trilingue et donc quitte. Elle distribue des rôles. Le luxembourgeois est la langue nationale. Le français est la langue des lois. Dans l'administration, le français, l'allemand ou le luxembourgeois peuvent servir. Qui lit une loi lit le français. Qui lit un journal venu du voisinage allemand lit l'allemand. Qui, dans le pays, dit d'où il vient le dit en luxembourgeois. Ce partage est la constitution du quotidien là où deux grandes langues avaleraient sinon une petite.

On entend aussi le portugais en ville, sans qu'il soit langue officielle. Il rappelle que la population résidente n'est pas la même chose que l'ancien grand-duché. Les bureaux restent aux trois langues de la loi. L'État tient ainsi un ordre, tandis que le marché laisse entrer d'autres voix. Avoir une langue à soi entre l'Allemagne et la France n'est pas du folklore. C'est la preuve que le petit État ne s'est décidé pour aucun des deux voisins.

Qui travaille au Luxembourg le matin habite souvent déjà dans un autre État.

— TerraTally · Desk pays

La frontière est le trajet

Le STATEC décrit un marché du travail qui dépasse la frontière de l'État. Les frontaliers de France, de Belgique et d'Allemagne forment une part substantielle de l'emploi, sans qu'une part chiffrée doive figurer ici pour que la direction soit claire. Le matin, la ville se remplit de gens dont le logement est ailleurs. Le soir, elle se vide dans ce sens. L'État taxe et régule une journée qu'il n'habite pas seul. C'est pourquoi le Luxembourg est plus petit que sa journée de travail : la superficie s'arrête, le poste non.

Les voisins n'y sont pas qu'un décor. La France fournit la langue du droit et une part des navetteurs, l'Allemagne la langue de la presse et une autre part, la Belgique la troisième voie pour entrer dans le pays. L'euro rend le salaire comparable dès que la frontière est passée. Ce qui, de l'extérieur, ressemble à une riche cité-État est, dans le mouvement, un nœud. La forteresse écartait autrefois les soldats. Aujourd'hui elle fixe des institutions et laisse passer les gens. Les deux sont la même situation : au milieu de plus grands, et pour cela un lieu à soi.

Le Luxembourg gouverne un rocher, une loi linguistique et une journée de travail qui dort dans d'autres pays. Le nom de la capitale n'y suffit pas. La frontière, si.